1 octobre, 2026
Les images vivent leur vie indépendamment de ceux qui les créent. C’est au Nicaragua que Susan Meiselas l’a compris. En 1978, la photographe, tout juste âgée de 30 ans, s’y rend pour la première fois. Elle a auparavant étudié l’éducation par l’image à l’université de Harvard, publié un premier livre très remarqué sur les spectacles de strip-tease et rejoint l’agence Magnum Photos. Dans ce pays d’Amérique centrale, l’insurrection populaire se transforme alors en guerre révolutionnaire opposant le Front Sandiniste de Libération Nationale (FSLN) à la Garde nationale du régime dictatorial du Président Anastasio Somoza Debayle soutenu par les États-Unis. Au cours d’une année, elle photographie la vie quotidienne, les combats de rue et la victoire de la Révolution. En 1981, une première sélection de ces documents pour l’Histoire est publiée dans un ouvrage sobrement intitulé Nicaragua, juin 1978-juillet 1979.
Après cette publication, Susan Meiselas éprouve la nécessité de retourner au Nicaragua afin d’interroger ceux qui figurent dans ses images. Depuis quatre décennies, elle y est souvent revenue, documentant l’usage qui était fait de ses clichés reproduits sur divers artefacts (T-shirts, timbres, boîtes d’allumettes, etc.) ou des fresques murales, le plus souvent à la gloire de la Révolution, mais aussi, parfois, pour la critiquer ou la combattre. Elle a ainsi constaté que ses photographies étaient désormais douées d’une existence autonome. Avec le temps, un sensible écart s’est instauré entre ce qu’elles documentaient et ce qu’elles symbolisaient dans l’imaginaire collectif. Les images de Susan Meiselas sont ainsi devenues le lieu même d’une forme de tension entre Histoire et Mémoire. C’est précisément cette dialectique qu’à travers plus d’une centaine d’œuvres, de documents ou d’extraits de films, l’exposition de la Fondation Henri Cartier-Bresson et l’ouvrage qui l’accompagne, publié par l’Atelier EXB, ont pour ambition d’explorer.
Commissaire de l’exposition
Clément Chéroux
Directeur de la Fondation Henri Cartier-Bresson
Label
Ce projet est labellisé Bicentenaire de la Photographie par le ministère de la Culture et s’inscrit dans la programmation officielle du Bicentenaire du 1er septembre 2026 au 30 septembre 2027.
