Martine Franck, Italie, 1972 © Henri Cartier-Bresson/Magnum Photos/Courtesy Fondation Henri Cartier-Bresson

Biographie

1938 - 2012

2 avril 1938 : Martine Franck naît à Anvers, en Belgique. Dès l’enfance, elle est habituée aux horizons lointains. Quittant sa ville natale, sans plus jamais y revenir, elle grandit aux États-Unis et fait ses études à Long Island, en Arizona, avant de partir en Grande-Bretagne où son père est engagé dans l’armée.

 1956 : Commence des études en histoire de l’art, à l’Université de Madrid, avant d’être admise à l’École du Louvre, à Paris, en 1958. Elle a alors 20 ans et apprend à lire le français « avec les billets humoristiques de Robert Escarpit dans Le Monde ». Soutenant sa thèse consacrée à « Sculpture et Cubisme: 1907 – 1915 », elle fait la connaissance d’Ariane Mnouchkine laquelle s’affirme comme une figure incontournable du théâtre français.

1963 : Au cours d’un voyage initiatique en Extrême-Orient accompli avec Ariane Mnouchkine, Martine Franck commence à photographier les splendeurs et charmes d’autres civilisations telles celles de la Chine, du Japon, de l’Inde, du Cambodge, du Népal, du Pakistan, de l’Afghanistan et de l’Iran. Elle publiera ses récits de voyage dans Eastern Horizons, à Hong Kong. «  La photographie est apparue par hasard dans ma vie. J’ai obtenu un visa pour la Chine et mon cousin m’a prêté son Leica en me disant que j’avais beaucoup de chance et qu’il fallait que je rapporte des images. » Confia-t-elle dans une interview à Roland Quilici en 2007.

1964 : De retour en France, elle travaille à Paris pour Time-Life où elle « fait véritablement connaissance avec la photographie » et devient l’assistante d’Eliot Elisofon et de Gjon Mili avant de devenir photographe indépendante. Collaborant pour les grands magazines américains, ses reportages, ses portraits d’artistes et d’écrivains sont publiés dans LifeFortuneSports Illustrated, le New York Times et Vogue. Pierre Alechinsky, Balthus, Pierre Boulez, Marc Chagall, Michel Foucault, Michel Leiris, Sam Szafran ou Paul Strand, autant de personnalités avec lesquelles elle se liera d’amitié. Parallèlement elle devient membre fondatrice du Théâtre du Soleil puis, photographe officielle de la troupe d’Ariane Mnouchkine, qu’elle ne quittera jamais, révélant spectacles, mises en scène et la vie quotidienne à la Cartoucherie.

 1966 : Fait la connaissance d’Henri Cartier-Bresson, « L’Œil du Siècle » de trente ans son aîné, puis l’épouse en 1970 : « Mon père m’a dit que je prenais un gros risque. J’ai été très heureuse. Henri m’a toujours encouragée à travailler. (…) Il ne m’a jamais mise à l’écart. Grâce à lui, j’ai rencontré beaucoup de monde ».

 1970 : Intègre l’agence Vu créée par Pierre de Fenoÿl. Puis, en 1972, elle participe à la fondation de l’agence Viva aux côtés d’Hervé Gloaguen, Guy Le Querrec, François Hers, Jean Lattes et Richard Kalvar.

 1980 : Associée à l’agence Magnum, elle en devient membre en 1983. Elle entreprend alors un travail de grande envergure pour les droits de la femme. De plus en plus engagée dans son art, Martine Franck s’intéresse aux sujets à caractère social dans une volonté de témoignage de la réalité : « Mon principal désir est de présenter des images qui incitent à la réflexion ».

 1985 : Réalise alors de nombreux reportages en soutien à des causes humanitaires, et collabore avec l’association des petits frères des Pauvres, œuvrant pour des personnes souffrant de solitude, de pauvreté, d’exclusion ou de maladies graves. Elle publie Le Temps de Vieillir, dans lequel elle écrit : « Tout ne se photographie pas. Il y a des moments où la souffrance, la déchéance humaine vous étreignent et vous arrêtent. D’autres situations, intéressantes en termes de sociologie, ne disent rien visuellement. La photographie montre plus qu’elle ne démontre, elle n’explique pas le pourquoi des choses ». Entre 1993 et 1997, Martine Franck se rend à plusieurs reprises sur l’île de Tory, au nord-ouest de l’Irlande. Elle y photographie le quotidien d’une communauté gaélique traditionnelle vivant en marge du continent. Tory, Ile aux confins de l’Europe paraîtra en 1998.

 1995 : Réalise avec Robert Delpire, un film de 26 minutes intitulé « Ariane et Compagnie ».

 1996 : Voyage en Asie où elle photographie les Tulkus, ces enfants moines Tibétains vivant à Bodnath, au Népal, et dans le Nord de l’Inde. Tibetan Tulkus: Images of Continuity paraîtra 4 ans plus tard.

 2000 : Participe à la réalisation d’un film documentaire intitulé « Retour en Irlande avec Martine Franck, photographe », réalisé par Fabienne Strouvé-Beckers. De ses nombreux voyages, la photographe a ramené des images uniques, dont certaines sont devenues des icônes.

 2002 : Expose au Musée de la Vie Romantique et crée à Paris, avec Henri Cartier-Bresson et leur fille Mélanie, la Fondation Henri Cartier-Bresson, dont elle devient Présidente en 2004.

Entre 2003 et 2004, Martine Franck suit Robert Wilson, scénographe à la Comédie Française, et photographie notamment sa mise en scène des Fables de La Fontaine. « Fables » sera publié pour l’occasion, aux éditions Actes Sud.

 2005 : Nommée Chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’Honneur par décret de Monsieur le Président de la République, en date du 25/03/2005. Remise de la Croix de Chevalier de la Légion d’Honneur par François Voss, à la Fondation HCB le 24 janvier 2006.

 2007 : Publication du numéro 111 « Martine Franck » de la Collection Photo poche, aux éditions Actes Sud, avec un texte d’Annick Cojean. La même année paraît « Martine Franck » aux éditions Phaïdon, avec un texte de Louise Baring.

 2010 : Le Chanel Nexus Hall à Tokyo présente l’exposition « Femmes ». En octobre 2011, l’exposition « Venus d’ailleurs » présente, à la Maison Européenne de la Photographie à Paris, une série de 62 portraits d’artistes, réalisés entre 1965 et 2010, saisis dans leurs ateliers parisiens (Michel Barcelo, Marc Chagall, Fernando Botero, Léonor Fini, Ousmane Sow, Zao Wou Ki…). Promotion au grade d’Officier dans l’Ordre National du Mérite et Lauréate du Prix Montblanc de la Culture, récompensée pour son travail au sein de la Fondation HCB.

Une centaine des portraits d’artistes réalisés par Martine Franck sont également exposés à la Galerie Claude Bernard en mars/avril 2012, tandis qu’en juin 2012, l’exposition « Pérégrinations » est présentée à la Galerie Howard Greenberg à New York.

Martine Franck s’est éteinte le 16 août 2012 en laissant l’empreinte singulière d’une grande artiste.

Son art est le reflet d’une écriture personnelle marquée par la géométrie, les courbes et les lignes, à la recherche de la beauté de l’âme humaine et de la profondeur des cœurs et des âmes, saisis dans le vif des choses, dont l’expression artistique en faisait un « regard » d’une sensibilité exceptionnelle.